Saint Honorat de Lérins
Honorat naît en 370 à Trèves, alors co-capitale de l'Empire Romain, dans une riche famille patricienne qui a possédé la dignité du Consulat. Il ne manque de rien durant son enfance luxueuse et reçoit une bonne éducation. Frappé de plein fouet par l'exemple de saints moines, dont saint Athanase, il décide de se convertir au christianisme vers l'âge de 12 ans ; mais sa famille s'y oppose.
- C'est justement à cet âge-ci qu'un garçon débute le scoutisme, qui est une voie d'excellence vers le Christ. A cet âge que l'on prononce sa Promesse pour faire hommage de soi au Seigneur. N'est-on pas meilleur catholique parce que scout ?
Après la mort de son père aux alentours de ses 15 ans, il reçoit le baptême et décide avec son frère de transformer leur demeure familiale en hospice pour les pauvres et les voyageurs, se livrant également pour sa part à une vie d'ascèse.
- Saint Honorat est en cela un exemple pour les scouts. A l'âge où un garçon devient chef de patrouille, Honorat devient chef de famille. Et loin de faire sentir son pouvoir aux autres, il use de son autorité pour se mettre au service de ses frères les plus pauvres et les plus petits. Le scout n'est-il pas justement fait pour servir et sauver son prochain ?
Victime de sa sainteté, la réputation que s'acquiert Honorat l'oblige à quitter son domaine pour fuir loin des tentations d'orgueil et de vaine gloire. A la recherche d'une vie plus ascétique et dépouillée, il va à la rencontre des ermites et des moines de Grèce, de Palestine et d'Egypte. Il traverse ainsi les rives de la Méditerranée à pied, en bateau, le long des routes.
- Lorsque nous partons en exploration, lorsque nous marchons, nous devons garder en mémoire que nos pères avant nous ne se déplaçaient qu'ainsi, et retrouver, en mettant nos pas dans les leurs, le dépouillement qu'exige la route.
Le climat du Proche-Orient convenant assez peu à la santé de notre saint, il dut se résoudre à retourner en Occident et remonte la via Aurélienne qui le fait longer la Méditerranée. Traversant Fréjus, l'évêque saint Léonce le prie d'y faire halte pour prêcher au peuple chrétien le chemin du Salut. Cependant, assoiffé de silence et de prière, Honorat et son maître Caprais se retirent dans une grotte de la toute proche montagne de l'Esterel. Mais on y vient encore recourir à lui. Honorat tourne alors son regard vers la mer qu'il contemple souvent.
- Comme le scout, saint Honorat scrute l'horizon, connaît les paysages qui l'entourent, et reconnaît dans cette nature qui l'accueille l'œuvre de Dieu.
Il découvre au loin l'île de Lérins que l'évêque Léonce lui offre. Honorat débarque sur l'île en l'an 400. L'île qui est une fine langue de pierre au milieu des flots n'est habitée que par des serpents qui interdisent à tout homme de s'y installer. Saint Honorat de désespère pas. Il prie le Tout-Puissant, étend les mains, et les reptiles expirent tous d'un souffle. Puis il grimpe en haut d'un palmier avant qu'un raz-de-marée ne nettoie l'île. Lorsque l'eau se retire, c'est une source d'eau douce qui apparaît sur l'île jusqu'alors si sèche.
- Ce miracle de saint Honorat trouve place sur les armes de la Troupe, où la crosse du saint terrasse un serpent, ce qui n'est pas sans nous rappeler le combat de saint Georges, patron des scouts.
L'installation sur l'île peut débuter. Au début, il ne s'agit que d'un humble ermitage de pierre. Mais peu à peu, des compagnons s'adjoignent à l'ermite et l'on élève plusieurs cabanons sur l'île. On ne se retrouve que le dimanche pour la Messe mais chacun vit de son côté.
Pour le bien de cette communauté, l'évêque Léonce impose à Honorat d'être ordonné prêtre, ce que le saint ermite refusait jusqu'alors, s'en jugeant indigne.
- Honorat nous donne alors l'exemple du parfait scout, qui se donne tout entier, sans compter, et qui obéit sans réplique, ne faisant rien à moitié.
Honorat se décide enfin à réunir tous ces compagnons dans une communauté qui fait profession de cénobitisme, adoptant une règle commune et fondant ainsi l'abbaye de Lérins en 410.
- Comme les scouts réunis en patrouille, Honorat comprend que les plus jeunes ont besoin de leurs aînés pour progresser dans la sainteté. La communauté est au service de la sainteté de chacun.
Il donne à ses frères une règle, l'une des premières règles monastiques de l'Eglise universelle. Tout comme nous recevons au jour de notre Promesse une loi qui nous oblige.
"Avec le Christ qui, pour ainsi dire, l'assiste dans son œuvre, victorieux de toutes les difficultés qui l'avaient d'abord détourné de son action, notre cher Honorat établit là comme un camp de Dieu." écrit saint Hilaire dans sa Vita Honoratus.
- Comment ne pas établir d'évident parallèle avec nos camps scouts?! Puissent nos camps être eux aussi des camps de Dieu, où le Seigneur dresse sa Tente au milieu de son peuple.
Ce monastère est le premier en Occident, et de ce fait il en tire une grande notoriété. L'abbaye atteindra plusieurs centaines de moines, et aura une importance majeure dans la vie de l'Eglise et de la Provence, fournissant de nombreux saints et évêques.
- « Plus notre personnalité prendra sa forme, son caractère, plus autour de nous, la sphère d'influence grandira, plus nous pourrons être scouts réellement. » écrit le père Doncoeur. Ne craignons pas de rayonner !
Les chrétiens continuent à affluer en pèlerinage à Lérins pour rencontrer le fondateur de l'abbaye. Si bien qu'au Moyen-Âge, la même indulgence est accordée à ceux qui se rendent à Lérins qu'à ceux qui se rendaient à Jérusalem. On dit de l'abbé qu'il a le don de changer les « fauves en hommes ». Lui-même est zélé pour les âmes, au point de retourner à Trèves chercher son parent Hilaire qui met son âme en péril dans le monde.
- Bernanos dit bien qu'on ne comprendra rien au monde moderne si l'on ne voit pas qu'il est une guerre livrée contre toute forme de vie intérieure. Mais cela ne date pas du monde moderne. Le scoutisme est un rempart contre toutes les folies de notre siècle, comme l'île de Lérins était pour ces moines un refuge contre les débauches d'un Empire en déliquescence.
Le père Sevin disait qu'il n'est pas de véritable scoutisme qui ne soit pas missionnaire.
Malgré lui, Honorat est appelé au siège d'Arles, élu évêque par le peuple et le clergé sans jamais s'y être présenté. Le siège d'Arles se trouvant être alors le Primat des Gaules. Après de nombreuses tractations pour ne pas recevoir cette charge, il finit par l'accepter et prend possession de la protocathédrale, s'y rendant avec plusieurs de ses moines.
- La charge de chef peut nous impressionner. On a toujours de bonnes excuses pour refuser une mission qui nous est confiée. Mais si le service de nos frères l'exige, à l'exemple de saint Honorat, nous avons le devoir d'accepter le fardeau qui nous est remis. Et sur notre honneur, et avec la Grâce de Dieu, nous pourrons être loyaux à nos chefs et à nos subordonnés.
Honorat trouve en Arles un diocèse divisé, des caisses de l'évêché pleines de trésors, et un clergé peu discipliné. Il s'emploie immédiatement à distribuer aux plus nécessiteux les richesses de l'Eglise, à redresser la vie de ses clercs, et à conforter dans la foi et la charité ses fidèles.
- A l'exemple de saint Honorat, le scout est économe et sait que les biens matériels doivent être au service de ceux de l'âme.
La lourde charge d'évêque, le don sans mesure du saint qui ne refuse rien aux charges qui l'appellent et au bien des âmes, finissent par avoir raison de la santé d'Honorat. Fatigué, il s'alite le 6 janvier 430, jour de l'Epiphanie, et rend son âme à Dieu le 16 janvier, deux ans après avoir été ordonné évêque d'Arles. Hilaire lui succède à ce siège.
- Saint Honorat a travaillé sans chercher le repos et combattu sans soucis des blessures jusqu'au bout de sa vie, se dévouant au service, et ne tendant qu'à une seule gloire : celle du Ciel !
Les reliques du saint sont longtemps conservées en Arles, avant de revenir dans notre diocèse. Elles sont aujourd'hui réparties entre l'église de Grasse, l'abbaye de Lérins et la cathédrale de Toulon où la Troupe vient souventes fois se recueillir.
Citations de saint Honorat de Lérins
Citations d'Honorat lui-même :
Le servir sur la Terre pour régner avec Lui dans le Ciel.
Cette vie a des charmes, mais elle déçoit. Tout autres sont les préceptes lus aux assemblées des fidèles, tout autres les instructions qui y ont retenti à mes oreilles ; là-bas on enseigne l'humilité, la continence, le calme, la réserve ; ici s'entretient une licence effrénée ; de ce côté, la piété est à l'honneur, ici les exercices physiques ; là-bas le Christ invite à l'éternel royaume, ici le diable tente de vous attirer à un royaume temporaire. Tout ce qui existe au monde est vanité et concupiscence des yeux ; et le monde passe et sa concupiscence ; mais qui aura fait la volonté de Dieu demeure éternellement, comme lui-même demeure éternellement.
Hâtons-nous donc d'échapper à ces liens tandis qu'ils ne nous tiennent guère encore. Il est difficile de délier des nœuds faits depuis longtemps, il est plus facile d'arracher de jeunes plantes que de couper de gros arbres. Assure le salut de ton âme dans la montagne de peur que ne viennent à te gagner les maux de cette vie. Rapidement s'insinue le venin du plaisir ; il faut garder pour le Christ une liberté acquise par la Grâce du Christ.
Que d'autres soient éblouis par l'or et l'argent : à ce que je vois, les puissants sont eux-mêmes sous la puissance des métaux précieux. Que d'autre possèdent domaines et esclaves, non sans être intérieurement asservis. Que d'autres trouvent leur joie dans les honneurs et repoussent l'honneur de porter en eux l'image de Dieu. Quant à moi, il me suffit de n'être pas l'esclave des vices. A moi, le salut pour joie ! A moi, pour épouse, la sagesse ! A moi, le plaisir dans la pratique des vertus ! A moi le Christ pour trésor ! (Mihi salus gaudium, mihi conjunx sapientia, mihi in virtutibus voluptas, mihi Christus thesaurus sit !) Lui remplacera pour moi les joies éphémères par des joies meilleurs ; dans mon ardeur à suivre sa règle de vie, Il m'accordera de trouver même en cette vie agréments et avantages et de devenir, par-là, digne de célestes royaumes.
Citations de la Vita Honoratus écrite par saint Hilaire :
Heureuses les terres, et bénis les ports, qu'illumine un voyageur assoiffé de la patrie céleste.
Felices terrae et portus beati, quos cealestem patriam sitiens pergrinus illustrat !
A tout ce qu'il touche sur son passage, il apporte la Lumière.
Nam quicquid praeterfluens tangit, illuminat.
En tout lieu où arrive Honorat, l'honneur se trouve aussi nécessairement.
Qucumque Honoratus accesserti, afesse illic etiam honorem necesse est.
Quiconque eut le désir du Christ rechercha Honorat, et en vérité, quiconque rechercha Honorat trouva le Christ.
Honoratum exprtiit quisquis Christum desideravit ; et plane Christum, quisquis Honoratum expetiit, inuenit.



